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Tchad: Donald Trump, le président américain a frappé fort et dur. Les ressortissants tchadiens sont des personæ non gratta sur le sol américain.

 

Par François Djékombé

Le décret signé le 24 septembre 2017 entrera en vigueur le 18 octobre 2017. Faut-il en rire ou pleurer? Comme Tchadien, je déplore la mesure, car même si personnellement je n'ai pas un projet de visite immédiat aux USA, mes compatriotes en ont pour diverses raisons (business, études, santé etc...). Comme tel, cette décision les pénalise. Toutefois, faut-il s'en prendre au président américain comme certains le font? Non, Donald Trump n'est pas stupide comme certains le font croire. Il a eu certainement tous les renseignements sur le Tchad avant de prendre une telle décision gravissime. Dans la déclaration du gouvernement tchadien lue à la télévision nationale par sa porte-parole, Mme Madeleine Alingué, au journal de 20h (19h GMT) ce lundi 25 septembre 2017, le Tchad demande aux USA de reconsidérer leur position, autrement dit, de revenir sur cette décision avant de laisser transparaitre une menace à peine voilée sur le ''principe de réciprocité''. A ce niveau, j'ai simplement souri: le Tchad parle de ''principe de réciprocité'' (???) avec les USA?!!! C'est dire que si M. Trump ne revient pas sur sa décision, le Tchad va interdire l'entrée sur son sol aux ressortissants américains et si les USA rompent les relations diplomatiques avec le Tchad, celui-ci en fera de même.

Comme pays souverain, le Tchad peut agir ainsi, mais évoquer à ce stade précis, le principe de réciprocité relève beaucoup plus d'un chantage que d'autre chose. S'il devait avoir principe de réciprocité entre le Tchad et les USA, qui des deux pays sera le plus durement touché? J'ose croire que les autorités tchadiennes connaissent le poids des mots qu'elles utilisent. Je crois que les USA peuvent se passer du Tchad, l'ignorer complètement et continuer à exister et agir comme première puissance économique, militaire et nucléaire alors que le Tchad, petit pays avec de petits dirigeants et une faible économie rongée par la corruption et la concussion et le népotisme ne peut se passer de l'aide des USA. Je ne sais pas si le gouvernement mesure bien ses propos. Comment un pays comme le Soudan dont le président est recherché depuis des années par la CPI, les USA retirent de leur liste noire et leurs ressortissants peuvent à nouveau entrer aux USA, mais le Tchad avec sa ''diplomatie agissante'' figure sur la liste noire des USA? Le gouvernement tchadien, au lieu de distraire l'opinion en s'attaquant à Donald Trump doit rechercher en son sein les germes de son échec diplomatique. D'aucuns expliquent la décision de Trump par des représailles contre le président Déby pour avoir boycotté la récente Assemblée générale des Nations.

C'est, à mon sens, une analyse erronée, puisque les Nations ne veulent pas dire États-Unis, bien que le siège de l'ONU soit aux États-Unis, United Nations (Nations unies) et United States of America (USA) sont deux entités différentes, beaucoup font cette confusion. En quoi donc la non-présence de Déby à l'ONU peut énerver Trump au point de ''sanctionner'' tous les Tchadiens? Les mobiles sont bien ailleurs. Les raisons avancées par Washington pour mettre le Tchad sur sa liste noire est évocatrice: ''manquements à la sécurité et un manque de coopération''. Pourtant, l'on nous a fait comprendre pendant longtemps que le Tchad est le gendarme de l'Afrique. Cela suppose que le gouvernement tchadien cache des choses au peuple ou pratique une politique de deux poids deux mesures. Cela demande des explications. Alors, au lieu que le parti au pouvoir (le Mouvement patriotique du salut), ses alliés et acolytes fassent défiler dans les média d’État des communiqués pour nous casser les tympans en condamnant la décision de M. Trump, que l'Assemblée nationale tchadienne, ou ce qui en reste encore, interpelle rapidement le gouvernement tchadien afin de s'expliquer sur ces ''manquements à la sécurité et un manque de coopération'' ayant entrainé cette décision. Ne pensons pas que nous sommes plus intelligents que les Américains. Ils sont les mieux renseignés au monde avant ou après les Israéliens, selon les cas.

Maintenant sur le plan de la gouvernance, le Tchad est une dictature à la peau dure. Même en Russie, Vladimir Poutine autorise des marches, mais au Tchad, pas question. Toutes les manifestations de l'opposition et de la société civile sont étouffées dans l’œuf. Des opposants sont en prison sans cause et sans raison. Le pauvre maire de Moundou, Laoukein Kourayo Médard croupit en prison quand des parents du président Déby qui ont vidé les biens du pays se retrouvent libres à l'étranger, jouissant de l'usufruit de leur ''labeur'. Cela fait plus de deux ans que le Général Baba Ladé, qui s'était volontairement rendu aux autorités centrafricaines et livré au Tchad sur fond de réconciliation a été capturé et enfermé à la prison de Koro-Toro. Sa famille et ses avocats n'ont pas accès à lui, sauf le CICR. Et bien d'autres cas de violations graves des droits de l'Homme. Le récent rapport d'Amnesty International sur le Tchad, rendu public à N'Djamena en dit long. L'ONG de défense des droits humains demande une réforme de l'Agence nationale de Sécurité (A.N.S), la police politique de M. Déby avant d'attirer l'attention du régime de se méfier, lui demandant de s'inspirer du procès Habré qui s'est tenu à Dakar en 2016-2017.

Quand on parle ainsi à un adulte, il doit logiquement comprendre le fond de ce qu'on veut lui dire. Bref, la gouvernance médiocre et calamiteuse de ceux qui règnent sur nous en maîtres absolus depuis 27 ans est la source de tous nos malheurs, parce qu'ils ont épuisé toutes les inspirations et les idées pour bien gouverner. Ce sont les mêmes qui font des rotations dans les ministres et les postes politiques et dans l'administration, ils vont et viennent, ils ''réchauffent'' les idées d'hier et continuent à nous bercer comme des bébés. M. Emmanuel Macron aurait pu emboîter le pas à M. Donald Trump en disant clairement à M. Idriss Déby que 27 ans de pouvoir, c'en est de trop. A 38 ans de règne, Jose Edwardo Dos Santos, usé par le temps a été obligé (par lui-même) de mettre fin à son règne, même si, de peur d'être poursuivi, il a laissé le pouvoir à un de ses proches. Après 27 ans de règne, Blaise Compaoré a été chassé du pouvoir par la ''rue''. Après 38 ans de règne, Gnassingbé Eyadema est mort, même si c'est son fils qui lui a succédé. Après 42 ans de règne, Muammar Khadafi a été tué comme un chien, une vie pour rien, pouvait-on dire.

Donc il n'y a, à mon sens, jamais de ''LONG RÈGNE'' avec une fin heureuse. Notre héro national, le président Idriss Déby que nous aimons tant doit en tirer les meilleures leçons pour ne pas tomber dans les mêmes travers. On ne lui souhaite pas une fin malheureuse, parce que, quoi qu'on dise, avec des limites d'homme, il a fait ce qu'il pouvait faire pour ce pays, à l'exemple du soldat qui doit défendre son pays avec loyauté.

A bon entendeur, salut!

Tchad Forum

Tag(s) : #tchad, #trump

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